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Argots circassiens

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Eltyubyu “City of the Dead” Kabardino-Balkaria.jpg

Nécropole d'Eltyoubyou en Kabardino-Balkarie

Le tcherkesse est une langue caucasienne de la branche circassienne, parlée au Nord-ouest du massif du Caucase en Russie, notamment dans les Républiques de Karatchaïevo-Tcherkessie et de Kabardino-Balkarie. C'est une langue très proche de l'Adyghé (parlé plus à l'Ouest), et à un moindre degré, de l'Abkhaze et de l'Abaza. Une autre langue lui était apparentée jusqu'à son extinction en 1992, il s'agit de l'Oubykh, qui était parlé autrefois dans cette même région, ainsi qu'en Turquie, où se sont réfugiés de nombreux circassiens suite aux guerres du XIXe siècles.

Jules Klaproth dans son Voyage au Mont Caucase et en Géorgie, attestait dans des propos certes criticables, de l'existence d'au moins deux langages spéciaux en usage chez les Tcherkesses du Caucase :

"Les Tcherkesses n'aiment pas le travail ; ils sont très obligeants et très gais, mais, en même temps, intéressés, rusés et fourbes. Leurs principales occupations sont la guerre, la chasse, le brigandage : ceux qui s'y distinguent, jouissent parmi eux de la plus grande réputation. Lorsqu'ils se mettent en campagne pour aller piller, ils se servent d'un langage particulier dont ils conviennent entre eux. Les deux jargons les plus usités parmi eux sont le 'chakobché' et le 'farchipsé'."

Circassian warrior.jpg

Guerrier circassien (XIXe s.)

Faršibzə des brigands tcherkesses Modifier

Le faršibzə, dont le nom semble s'inspirer directement de celui de la langue persane (فارسی  fārsi), suivi du mot tcherkesse bzə (бзэ), "langue" ; entendons là, en référence faite à une langue de large diffusion, à la manière des ambulants portugais qui appellent leur argot "latin") ; une forme de langage crypté autrefois employée par les brigands tcherkesses dans le but de ne pas se faire comprendre durant leurs pillages.

Ce langage tenait en fait plus du javanais que d'un argot à proprement parler. Son principe de base consistait en effet à intercaler des syllabes conventionnelles (telles que -ri- ou --), entre chaque syllabes naturelles des mots, dans le but de rendre le discours incompréhensible ; sur le modèle également du ghos marocain.

Les exemples de faršibzə fournis par J. Klapoth, dont nous avons tâché de corriger la graphie trop imprécise pour une orthographe actuelle, montre une transformation des mots limitée à la seule syllabe -ri- placée après chaque syllabe, mais également en initiale sous la forme -iri- dans le cas de mots monosyllabiques. L'insertion de cette syllabe en outre (et comme nous l'attendions étant données les caractéristiques phonologiques des langues circassiennes), semble induire différents types de transformations vocaliques.

Faršibzə

transcription

Tcherkesse

transcription

traduction
ирибзeригeри iri-bze-ri-ge-ri < бзэ ~бзэгу bzə ~bzəgʷ langue
жьарикIeри źa-ri-k´e-ri < жьакIэ źak´ə barbe
ирижьeри iri-źe-ri < жьэ źə bouche
лъаpикъуaри ʎa-ri-qʷa-ri < лъэ ~лъакъуэ ʎə ~ʎaqʷə pied
иринэри iri-nə-ri < нэ oeil
ирипэри iri-pə-ri < пэ nez
тхьaрикIуримaри tħa-ri-k´ʷ-ri-ma-ri < тхьэкIумэ tħək´ʷmə oreille
ирищхьaри iri-śħa-ri < щхьэ śħə tête
ирIeри ir-´e-ri < ´ə main

> NB: Les termes repris dans cet article suivent l'orthographe du parler kabarde et ont été retranscrits dans un système phonétique simplifié.

Tusheti-georgia-village-caucasus-mountains.jpg

Village de montagne dans le Caucase

Śak'wabzə : langue des chasseurs Modifier

Le śak'wabzə (щакIуaбзэ) est un langage spécial qui fut également en usage chez les Tcherkesses (et le serait encore), mais d'une nature différente, puisque ses origines, comme son nom l'indique, en feraient une ancienne langue (bzə) de chasseurs (śak´ʷə). Son usage aurait été répandu à tous les peuples circassiens, voire peut-être également sous diverses variantes chez certains de leurs voisins de jusque dans les montagnes du Daghestan.

En guise d'anecdote, l'écrivain de science fiction Frank Herbert, auteur de Dune, s'est inspiré du nom de cet argot pour nommer la Chakobsa, une des langues fictives de l'univers de ses romans. L'auteur avoue avoir trouvé ce nom en page 21 du livre de Lesley Blanch, Les Sabres du Paradis (1960). Un livre qui s'inspire de la vie de l'Imam Shamil, et dans lequel quelques précisions sont apportées au sujet de cet ancien argot, avec l'énumération de cinq mots mystérieux :

"Les princes possèdent donc leur propre langage spécial, un langage qui n'est compris que du prince et de ses pairs. C'est le fameux langage des chasseurs, qui fut imaginé par les habitants des citadelles seigneuriales, des palais princiers, et des bastions de brigands. Son secret est strictement gardé, et à ce jour aucun étranger n'a réussi à s'y familiariser, bien qu'il soit courant d'un bout à l'autre des montagnes et parmi tous les membres de la caste. Il est dit qu'il est le langage d'une lignée de chevalier aujourd'hui éteinte ; mais ce n'est qu'au cours des dernières décades que son existence est connue, tant les princes en gardaient le secret. Toutes les affaires importantes sont débattues dans ce langage, les secrets que personne ne doit entendre, ou les initiatives qui affectent le sort de ces montagnards. Cinq mots seulement nous sont parvenus, et ils ne ressemblent à aucun mot d'une langue connue : shapaka—cheval, amafa—sang, ami—eau, asaz—fusil, ashopshka—lâche. Ce langage s'appelle le 'Chakobsa'."
Voici donc une première série de termes attribués à une variété de śak'wabzə. Deux points toutefois, nous laissent croire à un argot relativement proche de sa langue de base : d'une part l'aspect phonétique des mots donnés (ashopshka notamment), ressemble tout de même à celui d'une langue circassienne ; et la présence vraisemblable d'un préfixe a- d'autre part, qui peut suggérer une construction sur le modèle du préfixe iri- vu précédemment en faršibzə.
Caucasus-mountains-nalchik-capital-city-kabardino-balkaria-2.jpg

Vue de Naltchik, capitale de la République de Karatchaïevo-Tcherkessie

Jules Klaproth a fourni en 1823, une liste de seize mots provenant d'une source encore plus ancienne, puisque ce sont les exemples recueillis par l'allemand Jacob Reineggs, probablement en 1783 lors d'un séjour en Géorgie. En voici la liste, où nous avons volontairement inclus les termes cités par L. Blanch pour en faciliter la comparaison. La graphie alors choisie par l'auteur ne permet malheureusement pas une restitution des plus précise, mais nous nous sommes efforcés de la retranscrire avec le plus de logique possible (les termes argotiques toutefois ne sauraient malheureusement être mieux adaptés).

Reineggs 1783 Blanch 1960 Tcherkesse

transcr.

traduct.
- ashopshka ? lâche (Adj.)
- amafa лъы ʎi sang
näghune мафIэ maf´ə feu
paphle нэ oeil
bätao (?) тхьэкIумэ tħək´ʷmə oreille
käpe shapaka шы ši cheval
pchakokaf жэм žəm vache
tkemeshä бжэн bžən chèvre
uppé фыз fiz femme
pashä ахъшэ axšə argent (monnaie)
shuwghä dshako dšakʷ? manteau de feutre
brugg щхьэ śħə tête
wup asaz tepang ? fusil
pchakwenché makhshé maxšə? chameau
fogabbé мэл məl mouton
sheghs ami псы psi eau
älewsä щIалэ ś´alə garçon ; jeune
näkushä щIакхъуэ ś´akxʷə pain

La comparaison des termes cités par L. Blanch nous suggèrent ainsi de possibles relations sémantiques, quoique certaines paraîtront probablement hasardeuses :

  • amafa, 'sang', dont la couleur rappelle celle du feu (maf´ə), semble clairement dériver de ce mot, lequel est simplement préfixé : a-maf´ə.
  • les deux mots retrouvés pour 'cheval', käpe et shapaka, semblent bien n'en être qu'un seul, si l'on considère sha-paka comme une construction sur le mot original ši, 'cheval' du type ši- + -pakə, voire même, que le terme argotique ait en fait été pakə, dont käpe (kapə) serait la métathèse ; ou le contraire, d'un original kapə dont les syllabes seraient interverties en -pakə avec ajout d'un préfixe.
  • älewsä, 'garçon', pourrait également être une métathèse inversant les syllabes de ś´alə avec ajout d'un préfixe a- en initiale de type alas´ə. Tout comme näkushä, 'pain', peut également dériver de ś´akxʷə avec ajout d`'un préfixe n- et métathèse : -kxʷə-ś´a.
  • ami, 'eau', pourrait être un emprunt à l'arabe ماء mā' dont le préfixe a- pourrait provenir de la forme articulée الماء al-mā' ou d'une hypothétique métathèse i-ma > ami...
Le reste du lexique, quoique partiellement éclairci par une correcte transcription des termes tcherkesses, conserve tout son mystère depuis près de deux siècles et demi. Son caractère circassien semble néanmoins indiscutable, pour une courte liste de mots où le seul éventuel emprunt à une langue voisine pourrait être pashä. Une étude comparative approfondie permettrait peut-être de révéler quelques étymons.
Mt Elbrus Caucasus.jpg

Vue du Mont Elbrous et de la chaîne du Caucase

Redécouverte du ''śak'wabzə'' Modifier

Après cette obscure liste de mots de près de deux cents ans d'âge, d'un argot légendaire que tout le monde pensait oublié depuis fort longtemps, voici qu'en 2011, Hezeishe Taw et Marina Ghwch'e ont retrouvé des chasseurs kabardes qui connaissaient encore quelques mots de śak'wabzə, correspondant à une liste de vingt-neuf sobriquets attribués aux différents animaux selon des procédés tels que la métaphore et l'association d'idées, soit des dérivations parmi les plus courantes et naturelles dans les argots des langues du monde :

Śak'wabzə

transcr.

traduction littérale Tcherkesse

transcr.

traduct.
гъуабжэ ɣʷabžə "gris foncé" адэжынэ adežinə râle des genêts
бзаджэ bzadžə "féroce" аслъэн asʎən lion
дахэ dahə "belle" бжэн bžən chèvre
нагъуэ naɣʷə "à l'oeil brun" бжьо bźo élan
домбей dombeï "massif" ~ "bison" бланэ blanə daim
къуацэхэс qʷacəhəs "qui se cache dans le bois" мэзджэд məzdžəd faisant
цыбэ cibə "laineux" мэл məl mouton
къуэлэн qʷələn "tacheté" къаплъэн qapʎən tigre
пщэкIыхь pśək´iħ "au long cou" къру qrəw grue
лырышхэ lirišhə "mange-viande" уашхэ wašhə blaireau
шащэ šaśə "large" дудакъ dudaq outarde
къуэш qʷəš "frère" шы ši cheval
кIэкIыхь k´ək´iħ "de longue queue" блэ blə serpent
шабзэ šabzə "flèche" блэшэ bləšə cobra
дзыгъуащэ dziɣʷaśə "attrape-souris" джэду džədʷ chat
щIырытI ś´irit´ "creuse la terre" щIыIуб ś´i´ʷb taupe
бырыб birib "tout doux" кIэпхъ k´əpx écureuil
уэгупщащэ wəgʷpśaśə "fille céleste" тхьэрыкъуэ tħəriqʷə colombe
вындыжь vindiź "freux invétéré" къуаргъ qʷarɣ corbeau
цIэиIуэ c´əji´ʷə "amoureux" кIыгуугу k´igʷugʷ coucou
къуаншэ qʷanšə "crochu" бгъэ bɣə aigle
лъэбыкъ ʎəbiq "aux pieds palmés" бабыщ babiś canard
пщэнсыгъуэ pśənsiɣʷə "au cou étroit" къаз qaz oie
гъурэ ɣʷrə "maigre" ужьэ wźə belette
хъумакIуэ xʷmak´ʷə "sentinelle" ажэ ažə bouc
плъыр pʎir "éclaireur à l'oeil vif" жьынду źindʷ hibou
пхъащIэ pxaś´ə "charpentier" жыгyыIу žigʷi´ʷ pic-vert
бгъэгуху bɣəgʷxʷ "de poitrine blanche" пцIащхъуэ pc´aśxʷə hirondelle
гъатхэпежьэ ɣatxəpeźə "annonce-printemps" бжэндэхъу bžəndəxʷ étourneau

Les termes qui figurent aussi dans les listes antérieures ne sont que trois et ne coïncident pas (hormis une lointaine ressemblance entre tkemeshä et xʷmak´ʷə) :

Reineggs 1783 Blanch 1960 Taw & Ghwch'e 2011
cheval käpe shapaka qʷəš
chèvre tkemeshä - dahə + xʷmak´ʷə (bouc)
mouton fogabbé - cibə

Langue des forêts des Abkhazes Modifier

À VENIR...

Bibliographie Modifier

  • Blanch, Lesley, Les Sabres du Paradis, 1960.
  • Jaimoukha, Amjad, The ancient language of chase of the Circassians is still alive, Circassian Voices, Avril 2013
  • Jaimoukha, Amjad & Malherbe, Michel, Parlons tcherkesse (Dialecte kabarde), Éd. de l'Harmattan, Paris, 2009
  • Klaproth, Jules, Voyage au Mont Caucase et en Géorgie, 2 tomes, Libr. Ch. Gosselin, Paris, 1823.

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Zlang! ~ 2015

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